Tierra del Fuego

En prenant pied sur l’ile de la Terre de feu, nous ne savions pas trop jusqu’où nous pourrions aller. Nous sortions d’une semaine d’abstinence (vélo!) et on s’était bien reposé. Mais est-ce réellement suffisant pour venir se mesurer pendant encore les presque 500 derniers kilomètres sur cette ile du bout du monde ? Les vents déchainés que nous avions déjà rencontrés un peu plus au nord nous ont parfois littéralement scotché sur place, donc on se demande vraiment ce qui nous attend… Ce serait vraiment trop dommage de ne pas pouvoir atteindre à vélo Ushuaïa, si près. Bien sûr, on pourrait prendre un bus, mais ça n’aurait pas la même saveur !

Alors « banco », on tente le coup. Un coup d’oeil a la météo (qui est aussi fiable qu’un compteur de vélo Decathlon, et c’est pas peu dire) : il semblerait qu’une période plutôt favorable se dessine sur les prochains jours. D’après les infos qu’on a, on pourra faire à nouveau des micro-courses de nourriture à San Sebastian, à 200 km (a priori que du ripio = piste ), puis à Rio Grande encore 80 kms plus loin. On fait donc les courses pour 5 jours, et on prend le ferry pour traverser le détroit de Magellan en fin d’aprèm.

Tout le long des routes, on croise des petites maisons, qui sont érigées pour une personne décédée, ou, comme ici, en l’honneur d’un saint.

Dimanche, 19h, on débarque à Porvenir. Un peu de vent d’ouest, mais rien de bien méchant. On pose la tente à côté d’une aire de jeu en fin de vie. Les environs sont déserts, il n’y a pas âme qui vive, la nuit sera tranquille.

Le lendemain, le vent d’ouest s’est levé, nous attaquons la piste en ripio avec un vent un peu de travers sur les 10 premiers kms, puis plutôt dans le dos. Ça avance vite pendant les 2 jours qui suivent, toujours vent dans le dos. Il faut savoir qu’en Patagonie, le vent vient presque systématiquement d’ouest, ou de nord-ouest. Et si on a pas de carte ou de boussole, il suffit de regarder dans quel sens sont courbés les arbres, et ça donne le sens du vent….

Nous pédalons dans de beaux paysages tantôt de bord de mer, tantôt de pampa à guanacos. Ils ne sont pas apeurés par nous et semblent prendre autant de plaisir que nous à les observer. On ne se lasse pas de regarder ces animaux si gracieux et élégants.

Sur la route, on prendra le temps de faire du stop pour un aller-retour rapide afin de voir des manchots. C’est Gustavo, un pompier volontaire, qui nous prend dans son pick-up, et nous chante (en français s’il vous plaît) « Au feu les pompiers.. » ou « Voulez-vous coucher avec moi….ce soir ? ». Il est très fier de nous montrer le « quincho » qu’il a trouvé sur la route et qu’il cuisinera pour ce soir….

Mais revenons à nos manchots … On a bien dit manchot et pas pingouin (bien qu’en espagnol « manchot » se traduise par « pinguinos »…) car les pingouins vivent uniquement dans l’hémisphère nord, et les manchots uniquement dans l’hémisphère sud. Rigolo ces petites bêtes (je dis « petites », parce qu’elles ne sont pas bien haut : dans les 80 cm maxi). Ils marchent comme s’ils avaient fait pipi dans leur culotte, en écartant leurs bras, on a bien ri en les imitant….

C’est la période où les œufs éclosent. En regardant aux jumelles, on aperçoit soit les oeufs qu’ils couvent entre leurs pattes sous un élégant bourrelet, soit des petits becs qui demandent de la nourriture, trop mignon !!! Le père et la mère, à tour de rôle, couvent l’oeuf pendant 3 mois, puis se relaient pour tenir au chaud le nouveau né pendant neuf mois. Pas mal comme partage des tâches, non ?

Pour en revenir au vent (mais non ce n’est pas notre nouvelle fixette), toutes les bonnes choses ont une fin. Une fois passé la frontière pour rentrer de nouveau en Argentine, la route oblique vers le sud. Du coup, le vent est maintenant un peu de travers. Mais quand même un peu plus dans le dos que en pleine face, heureusement.

Bivouac à l’abri du vent, dans une forêt.

Sur la route, la circulation n’est pas très dense. Une voiture ou un camion toute les 5 ou 10 minutes. Parmi eux, pas mal de camions transportant des moutons, c’est la période de la tonte et ils ont le droit d’aller chez le coiffeur…

Les seules habitations que l’on voit sont des estancias (des fermes où sont élevés les moutons). Visiblement, les gens qui travaillent là habitent sur place, et ce sont des vrais lotissements qui entourent la ferme. Un soir, on cherche un endroit pour poser la tente, et on se retrouve invités dans le jardin d’une de ces maisons. On verra les gauchos sur leurs chevaux en train de guider le troupeau de plusieurs centaines de bêtes, avec les chiens tournant et aboyant autour. Un beau spectacle.

Une petite journée de break a Rio Grande, une grosse ville sans trop d’intérêt. Mais nous sommes accueilli par Graziela, la propriétaire de la Casa Azul, qui est simplement adorable. On se sent comme à la maison, Fanny aimerait y rester 10 jours…. Nous mangeons ensemble et buvons du Pisco….

Puis nous reprenons la route orientée sud pour les 200 derniers kms. Et si vous avez bien suivi, qui dit route vers le sud, dit normalement vent de travers. Et ben pas pour nous ! Eole doit être en vacances, il n’y a presque pas de vent ! Incroyable ! Nous en profitons et nous enchaînons 4 bonnes journées. Seul bémol, c’est le week end, et la circulation devient plutôt dense, ce n’est pas des plus agréable…

A Tolhuin, nous nous arrêtons dans la boulangerie ultra réputée « La Union ». Et nous comprenons pourquoi. Dix milliards de pâtisseries, plein de choix de chocolats, tout est fait maison, on ne sait plus où donner de la tête après n’avoir mangé que des pâtes et de l’avoine…. il faut prendre un ticket et faire la queue, qui sort presque dans la rue. Au moment de payer, on demande s’ils connaissent un endroit pas loin pour dormir. Et là, c’est l’apothéose. Ils nous amènent derrière le magasin et nous propose une chambre qui est faite pour accueillir les voyageurs de passage. Et le tout gratuitement… bon, faut pas être trop regardant sur la literie, il n’y a pas de fenêtre, mais il y a 3 lits et des dizaines et des dizaines de messages / signatures / dessins sur les murs, faits par les voyageurs précédents. Fanny laissera l’empreinte de notre passage.

Spéciale dédicace

Inexorablement, et patiemment, on se rapproche de notre destination finale. On commence à regarder les kms. On se rend petit à petit compte que l’on va vraiment y arriver. Le paysage commence à changer à 150 km d’Ushuaïa, la pampa est remplacée par des forêts et de beaux lacs, des sommets aux couleurs oranger se dressent et on retrouve des glaciers. Une belle surprise.

On a jamais été aussi près ! Ca sent l’écurie !

Quand on repense à nos baisses de moral, à nos moments de fatigue, on se dit qu’on a finalement réussi a passer toutes ces étapes. C’était le plus souvent de l’audace, parfois cela s’est transformé en courage, mais on s’est soutenu, toujours avec persévérance.

Nous pédalons les 2 derniers jours sous la canicule, 25°… la baignade est même de saison…. Ce n’est pas l’image que l’on avait de la Terre de Feu, mais on apprécie !

Nous voici maintenant dans cette ville du bout du monde, qui symbolise plusieurs choses. Ushuaia est la ville la plus au sud du globe (il y a bien des villages encore un peu plus au sud, mais on fait comme si on les avait pas vu…). Victime de son succès, le petit port de pêche d’il y a quelques dizaines d’années est maintenant une grosse ville hyper touristique, avec des gros magasins et des bus qui débarquent des dizaines d’asiatiques qui se prennent en photo avec les lampadaires, les poubelles ou les policiers… Mais les paysages environnants sont sympas, on fera une ballade à la journée pour aller voir l’élégante laguna Esmeralda avec un transfert en stop.

Ici les pinguinos sont les rois !

Ushuaïa en short et crocs sans chaussettes !

Maintenant qu’on est tout en bas, et bien on a plus qu’à remonter pour vivre notre dernier mois d’itinérance (déjà 5 mois ont passé), mais cette fois-ci sans pédaler, ou presque… à suivre!!

12 réflexions au sujet de « Tierra del Fuego »

  1. Excellente cette photo d’Ushuaia, entre ciel et terre. Vous voilà au bout du bout du monde, quelle pugnacité pour l’atteindre en vélo! C’aurait été « ballot » de caler avant, pour reprendre une de vos anciennes expressions fétiches. J’admire la délicatesse de Math le petit doigt en l’air pour rentrer dans l’eau patagonienne (quoique de dos, on imagine sans peine le petit rictus: ouh qu’elle est fraîche!). Vive l’été austral! On vous attend de pied ferme de visu pour célébrer ensemble les derniers jours de l’hiver septentrional. D’ici là, belle dernière ligne droite sans bourrasque….

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  2. Bluffée par tout votre périple !
    Bravo
    surtout profitez et savourez à fond cet accomplissement, y’a de quoi !!
    Grosses bises
    Pascale

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  3. C’est tout aussi incroyable que fabuleux. Vous êtes allés si loin et si bas pour parvenir à « Ausihau » que vous en avez basculé et renversé le trophée de l’arrivée. Chapeau bas les accros…, acrobates.

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  4. PERSÉVÉRER :
    Quand je vois Fanny lire le livre « Persévérer » de J L Étienne et avec ce périple, je pense qu’elle a de qui tenir avec sa maman Mathilde qui a persévéré avec ses parents ( et les amis en prière ) pour lutter contre sa maladie il y a 25ans (?).
    « Vous ne rentrerez pas chez vous comme avant ». Bravo

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  5. Hello la Compagnie!
    quel plaisir de reprendre vos lectures et de savoir que grâce à mon retard j’i deux épisodes de suite!
    Balaise balaise balaise!
    Ca y est Ushuaia! ils y sont et en vélo jusqu’au bout!
    Sont trop fort les mm’s! Tu me dira avec les conseils de JL Etienne c’est trop facile!!!
    Il me manque une photo de la boulangerie mythique « La Union » mais ça attendra votre retour!!
    Encore merci pour cet échange de votre réalité pour mon rêve à moi!

    Big bizoutes…

    PS : je fonce au prochain épisode…

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