Le Sud Lipez

Si l’on nous demandait de donner 3 mots pour décrire ces 14 jours passés pour traverser le Sud Lipez, ce serait audace, persévérance et contemplation. Ou alors, d’un point de vue plus physique, ce serait vent, sable et tôle ondulée. Et enfin d’un point de vue gastronomique : thon, pâtes et mayonnaise…

Nous avions lu des comptes rendus de cyclo ayant fait cette traversée, nous étions au courant, et nous y allions en pleine conscience. Cela ne semblait pas être facile, mais cela paraissait faisable , en tous cas, pas insurmontable, et un beau défi à relever en famille.

La laguna Verde et le Licancabur que nous allons gravir…

On s’était préparé, au niveau physique, au niveau matériel, au niveau logistique. On avait essayé de se projeter. Mais quand on est dans le vrai, il y a toujours un moment où on se demande pourquoi. Pourquoi venir ici avec sa tente, son réchaud, sa nourriture, son eau ? Pourquoi se mettre dans le froid et le vent ? Pourquoi venir avec un vélo sur des pistes en tôle ondulée au beau milieu d’un gigantesque bac à sable ? Et bien les réponses à ses questions, nous avons eu 14 jours pour y réfléchir !

17h. Le vent souffle maintenant de face depuis 2 h et nous avons les jambes en compote. Pourtant, nous avons fait une bonne pause à la laguna Canapa. Il y avait plein de flamands roses en train de siroter cette eau pleine de borax ou de sulfate de je ne sais trop quoi. Les abords de la lagune étaient de couleur tantôt blanche, tantôt verte, tantôt marron.

Laguna Colorada, et ses flamands roses (cherchez bien !). PS : aucune retouche couleur…

Et nous avions hésité à poser la tente ici, ou à continuer encore un peu pour envisager une nuit en « dur ». Et l’espoir de trouver un vrai matelas et un bon petit repas avec des légumes l’avait emporté.

Et nous ne serons pas déçus par l’auberge Los Flamingos, au bord de la laguna Hedionda. Le repas du soir sera muy « rico », nous ne résistons pas à une brève description ( qui ravivent nos papilles..) : pavé de lama moelleux et fondant à cœur et croustillant à l’extérieur, accompagné d’une purée de pommes de terre succulente et ses petits légumes, sans oublier des petits pains maison sortis du four. Et cerise sur le gâteau, nos hôtes nous l’offre en signe de « courtoisie ». Le petit dej’ américain sera gargantuesque (on aura du mal à tout finir, malgré un appétit d’ogre! ).

Si bien que nous décidons d’y rester une nuit de plus, ce qui ne nous fera pas de mal avant d’attaquer le 2ème gros col à 4700 m.

Nous ne le savions pas, mais ce sera le seul endroit du Sud Lipez où nous pourrons nous restaurer de la sorte.

Les 2 jours suivants, ce sera activité bac à sable. Nous sommes maintenant des experts de la mécanique des sables : le compact, le fuyant, le semi-visqueux, l’inconsistant, on les à tous testé. Et autant dire que le choix des bons pneus est un atout inestimable (et je crois que nous n’avons pas fait le meilleur choix).

Heureusement, les décors environnants sont vraiment grandioses : la nature est capable d’élaborer de véritables œuvres d’arts en utilisant toutes les palettes et nuances de couleurs qu’il est possible d’imaginer. Les filles ont bien du mal à retranscrire toutes ces couleurs sur leurs aquarelles: jaune, vert, rose, rouge, blanc, bleu (si pur), marron, ocre… il n’y a pas assez de noms pour les citer toutes… Et le tout posé sur des collines, des mamelons, des montagnes qui donnent envie d’aller voir encore un peu plus loin. Et c’est sans doute cela qui nous donne chaque jour la force et l’envie d’avancer.

Tant de nuances de couleur.
Parfois, des petites touches de vert.

Ce soir, nous trouverons une maison abandonnée (peut être la seule dans ce désert) qui nous permettra de poser la tente à l’abri du vent. Cette nuit là, on a eu un visiteur nocturne que Manu a accueilli à sa façon: à grands coups de sacoche… Une sorte de mulot est venu, attiré par l’odeur alléchée de nos pâtes, grignoter nos bols.

Les dégâts du mulot !

Il a eu le temps de faire des trous dans 2 de nos 3 bols avant que Manu muni de sa frontale le « décapite » de sa queue. Nous l’avons gardé comme trophée pour la coller dans notre carnet de voyage! N’empêche que c’est très compliqué de boire sa soupe, son thé ou son avoine dans un bol percé…. vivement la ville qu’on refasse notre vaisselle.

Arbol de Piedra

Au bout de 7 jours , nous arrivons quasiment au bout de nos réserves de nourriture (c’est que nos sacoches ne sont pas extensibles, et nos mollets sont seulement alimentés au sandwich thon-mayo ). C’est donc bien heureux et rassurés que nous retrouvons dans la cabane du gardien du parc un carton plein de nourriture que nous avions fait transporter depuis Uyuni. Mais le revers de la médaille, c’est que le poids de nos vélos se retrouve augmenté d’une manière non négligeable. D’autant que cette fois ci nous devons prendre des réserves d’eau pour 3 jours…. les sacoches débordent, ça pique un peu….

Mais le col de Sol de Manana a 4900 m n’aura pas raison de notre persévérance, et nous planterons la tente à 10 m des geysers, seuls à profiter de ce spectacle surprenant des fumerolles produisant ses gloup-gloups de manière incessante.

Geysers de Sol de Manana / 4900m

Nous ne nous lassons pas de ce décor qui change à chaque seconde et aurons bien du mal à lever le camp. La nuit sera fraîche, mais le sol un peu chaud tempérera la chute de température nocturne.

Cherche bien la tente, ouais pas mal, tu brûle !

Jour après jour, ce qui nous a vraiment impressionné et marqué, c’est l’immensité du décor dans lequel nous pédalions. L’échelle n’est pas la même que chez nous. Les plaines, les mamelons, les sommets qui nous entourent sont à plusieurs dizaines de km. On croit être tout proche, mais on se rend vite compte qu’ils sont très loin et qu’il nous faudra du temps pour y accéder…

Non loin du désert de Dali
En arrivant sur la Laguna Chalviri et ses sources d’eau chaudes

Il y a une chose qui nous a ému, c’est de réaliser que pour la plupart de ces sommets, personne n’y a jamais mis les pieds. Comme d’ailleurs les collines où les plaines. Ici il est facile d’être le premier homme à fouler une terre vierge. Le silence du matin ( le soir le vent souffle fort..) nous a également impressionné. Les premiers coups de pédale de la journée ont toujours été, malgré parfois la fatigue, des moments magiques et propices aux réflexions. La belle luminosité du lever du soleil, et la promesse de belles découvertes y sont pour beaucoup aussi..

Laguna Chalviri

Il y a 18 ans, nous étions venus en jeunes amoureux (avec Clo, Martine et Damien) dans ce même décor, mais en 4X4, comme tous ceux qui nous ont doublé, encouragé, photographié, offert de l’eau, des barres, des oranges… Mais nous avons vraiment l’impression de ne pas être venus au même endroit, ou du moins nous ne l’avons pas vécu de la même manière…

Au bout des 14 jours, la tôle ondulée, le sable, les kms à pousser le vélo, le vent qui se lève inexorablement vers 14h (et systématiquement en pleine face), laisserons autant de marques dans nos corps et nos esprits, que les paysages fabuleux dans lesquels nous avons pu évoluer. C’est avec une grande fierté que nous sommes arrivés au bout de cette traversée audacieuse. Nos chaussettes sont pleines de sables, nos tshirts pleins de sueur, nos yeux pleins de couleurs, et nos esprits pleins de souvenirs.

Merci Sud Lipez.

En arrivant la laguna Canapa

C’était un des gros objectifs pour moi, en Bolivie : faire le Licancabur, un volcan à presque 6000 mètres d’altitude. On est parti au petit matin, à la frontale, sous un ciel bien étoilé, loin de toute pollution lumineuse. La montée s‘est plutôt bien passée, à part pour moi qui était brassée pendant la première moitié de la montée. La vue sur les lagunes vertes et blanches était époustouflante. Nous commençons à ressentir les  méfaits de l’altitude vers 5600 mètres : on souffle, Mathilde n’arrive plus à parler (!!!) et on a juste une envie, dormir. Mais on arrive au sommet à 5954 mètres  en seulement 5 heures alors que la moyenne est plutôt de 7h. On aperçoit le lac du cratère d’un bleu incroyable et quelques pénitents ( des pics de neige formés par le soleil ). Puis c’est la redescente, et là je peux vous dire que 1300 mètres de dénivelée en glissant sur des pierres volcaniques en pente très raide, certes, c’est efficace, mais ça se fait ressentir dans les cuisses et les mollets. C’est un beau point final à cette première partie du voyage, avant de quitter le sud lipez et la Bolivie.

Sommet du Licancabur, presque 6000m

PS : pour les cyclos et futurs cyclovoyageurs, nous avons mis à jour les articles sur le matériel de bivouac, le matériel vélo et le matériel photo-vidéo pour partager nos retours d’expérience après 2 mois de voyage…. un peu de casse mais rien de dramatique…

19 réflexions au sujet de « Le Sud Lipez »

  1. Décoiffant, Hallucinant, Epoustouflant, …. 3 mots pour qualifier mon sentiment après la lecture de vos aventures ds le Sud Lipez. Franchement,ça me donne des frissons de vous imaginer pédaler dans de telles conditions. Muchissssssssimas gracias de nous faire partager vos émotions par la magie des photos sublimes et du texte si bien ciselé.

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  2. Incroyable votre périple ! Des photos absolument superbes, un texte dont on ne décroche pas. Et cet immense désert que vous traversez en vélo, et ensuite un petit 6000m pour couronner le tout, et à bonne allure! Quel exploit! Quelle magnifique façon de s’imprégner d’un site si extraordinaire!
    Un grand bravo , un grand merci de partager votre voyage .

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  3. Merci pour votre récit et vos ressentis, une précieuse aide pour la préparation. Il me tarde d’y être. Je vais y passer l’année prochaine en vélo couché. On m’a dit que c’était une région exceptionnelle, et j’en ai la confirmation avec vos écrits.

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  4. Eblouissant exploit physique et mental, sucité, encouragé par la beauté de lieux inaccessibles pour le commun des mortels. La récompense est à la hauteur de l’effort et beaucoup plus savoureuse, en effet, qu’une arrivée en quatre quatre. Vos photos sublimes nous donnent accès à un moment d’évasion à vos côtés.

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  5. Les mots me manquent pour exprimer mon admiration devant cet exploit ! Les paysages sont magnifiques et votre engagement me laisse sans voix ! Bravo à tous les trois.
    Ici, le quotidien est plus routinier 🙂
    Bises à vous trois. j’ai déjà hâte de lire la suite de vos aventures… et de découvrir vos chouettes photos

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  6. wouahhhhhhh! merci pour cette bulle d’air, de lumière, de couleur et de poésie. c’est incroyable de voyager en vous suivant: vous êtes nos héros du quotidien.

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  7. C’est effectivement un vrai plaisir de vous lire et alors ces photos, elles sont à couper le soufflé !!! Merci beaucoup de me faire Voyager à travers vos récits et vos images.
    Malgré des moments qui doivent être bien difficile, vous arrivez à garder de l´humour à l´heure de la rédaction ! BRAVOOO !!!!!
    Ce sont des paysages qui me sont familiers et qui me rappellent aussi beaucoup de souvenirs!

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  8. Mais que c’est bon d’avoir de vos nouvelles et c’est un regal de vous suivre avec ces magnifiques photos. Fanny que tu as de la chance de visiter ce pays et de suivre tes parents qui doivent se regaler de te voir admirer avec eux ces paysages merveilleux .Merci a vous de nous emmener sur votre .. porte bagage!!
    Continuez a prendre ce plaisir qui transparait dans la description de ce que vous resentez . Vivement le prochain compte rendu et bravo je suis trop fiere de vous

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  9. Quel beau paysage !!! quel univers !!! même si ce n’est pas facile tous les jours, nourrissez vous bien de tous ces moments à trois. Ca donne vraiment envie d’aller découvrir tout cela.
    Merci pour ce partage.
    A bientôt de vos nouvelles.

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  10. Encore !
    Encore des couleurs qui donnent le sourire
    Encore des mots feu d artifice
    Encore des histoires qui subliment la vie
    Merci pour le partage
    Un énorme bisous à tous les trois
    Delphine

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  11. Mais pourquoi j’ai les yeux mouillés à chaque fois que je vous lis?
    J’en suis baba! J’ai les mollets qui vibrent à la fréquence de la tole ondulée, je manque d’oxygène et j’ai envie de dormir!
    Trop fort les z’amis! Quelle périple! 5954m! Notre record est à 5500m (euhh en partant de 5200!!!) en Equateur et j’ai cru que j’allais mourrir! Y’a pas on est pas fait de la même pâte!
    Quels paysages! Quels pistes! Quels couleurs! Quelle nature! Quels endroits incroyables pour planter la tente! Quelle famille! J’espère que Manu ne ronfle pas trop! A moins que ce ne soit Fanny!!!!
    Allez je vais me faire un petit sandwich thon mayo avec tu pain tout mou d’une semaine pour voir ce que ça fait!!!!
    En attendant avec imptience le prochain épisode!
    Big bizoutes à tous…
    Nota : et si à chaque vois que vous croisez un animal ou un humain hostile, Manu lui coupe la queue, ça va faire de beaux trophès!
    Matttheo

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    1. Holà
      Juste une petite bafouille pour vous dire combien la lecture de vos commentaires ( même les plus farfelus 😜…) nous font plaisir, alors lâchez vous… on vous attend!
      Besos a todos

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      1. Mais c’est trop bon de vous lire et d’avoir l’impression d’etre sur.. votre porte bagage!!! Alors encore!!!

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  12. Bonjour
    On regarde vos photos avec joie et jalousie depuis le cours de Maths où la pluie tombe derrière les fenêtres, l’hiver est arrivé ici.
    Toute la classe de 2H de Pablo te passe le bonjour.
    Profite bien et à bientôt en classe, assis sur une chaise toute la journée (!)
    Ca rappelle aussi des bons souvenirs au prof !

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  13. Toujours aussi époustouflant ! Quelle belle aventure ! Nous aussi on se demande ce qu’on fait ici à pédaler à donf nos quotidiens chronométrés et pourquoi on n’est pas avec vous, enfin sur vos portes bagages version miniature, à parcourir de belles terres sauvages… Merci pour votre partage vibrant ! Besos para todos !!

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